“Cela fait 10 bonnes années que Roman Oswald & Les Gordon se connaissent. En 2007, ils décident de faire de la musique ensemble et créent Mondrian, un groupe pop dans lequel ils chantent en anglais. Ces années vont leur permettre d’apprendre à structurer une chanson et à trouver un style qui les caractérise (la quête est longue!). Enfin prêts à affronter leur langue naturelle, ils fondent SNGPR en octobre 2014, dans l’idée de marier électro « chill-out » et textes taillés au Bic 4 couleurs (le temps n’a pas de prise sur le Bic 4 couleurs).” Photo: Julien B
Quel a été l’élément déclencheur de votre implication dans lamusique?
Roman : Les compilations sur K7 audio TDK de 90 que ma mère faisait pour lesvacances d’été et que l’on écoutait sur l’autoroute entreParis et Menton. Quand on touchait les bras de mer, toutes vitresbaissées, et que « Sailing » de ChristopherCross résonnait, c’était du chill-out avant l’heure!
Les
Gordon : Sûrement
l’écoute de l’album de Radiohead “Kid A”. (Electro)choc
esthétique!
Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer, vous aussi, de la musique?
Roman : L’envie de créer des choses, ce qui vient assez vite lorsque tu es
fils unique et que ça fait déjà trois heures que tu lances ton
ballon contre le mur en attendant que tes copains veuillent bien te
rejoindre (il n’y avait pas de téléphones portables dans les
90’s !). La création nait de la frustration et de la
solitude, pour sûr.
Les
Gordon : Le fait
d’être surpris par un instrument, la guitare en l’occurrence.
Et comment Radiohead se servait de la guitare, justement. J’ai un
parcours classique de
conservatoire section violoncelle et avoir une lecture de grille
neuve face à un instrument excite la création.
Dans quel environnement culturel avez-vous grandi?
Roman : Populaire cultivé, je dirais. J’habitais aux Clayes-sous-Bois,
quartier nord, un bâtiment dans une résidence, en face de la gare.
Mon père travaille chez Renault et ma mère est conférencière au
Louvre. Ville de banlieue tranquille, communiste à l’époque, où
pas mal de choses sont faites pour les jeunes. L’été, il y avait
un local à la MJC; on nous emmenait camper à la base de
loisirs, faire des virées à Aquaboulevard, assister à des
rencontres au Parc des Princes pour 10 francs. Mon enfance gravitait
autour du foot : l’Agorespace de la gare, mon père qui
m’emmène aux matchs le samedi, les tournois organisés par les
clubs à Clairefontaine.
Les
Gordon : Fougères, la campagne, des parents qui écoutaient
beaucoup de musique classique. Beaucoup de temps laissé à la
rêverie…
Roman : À se faire chier, oui!!
Il y a une phrase de Marguerite Yourcenar dans Denier
du rêve qui résume
bien ça : «Je crois que l’habitude précoce de la
solitude est un bien indéfini. Elle apprend, jusqu’à un certain
point seulement, à se passer des êtres. Elle apprend aussi à aimer
davantage les êtres».
Les
Gordon : Ça y est, il l’a placée, il est content !
Roman : Objectif atteint !
Adolescents, quelles passades musicales farfelues avez-vous eues avant de
mieux cibler vos univers?
Roman : Je me rappelle qu’un jour, j’ai mis Nevermind
de Nirvana à fond les ballons et que mon voisin d’au-dessus, Ali,
m’a presque engueulé non pas d’avoir faire trembler les murs
mais d’avoir écouté du rock. Problème de chapelle!
Au fond, Nirvana ou NTM pour moi, c’était la même chose : je
headbangais pareil. Je n’ai pas eu de passade musicale
farfelue à proprement parler mais disons que c’était pas vraiment
possible pour moi de me mettre au jazz du jour au lendemain. Puis j’ai déménagé et au lycée, mes potes écoutaient du heavy
metal. Autre monde…
Les
Gordon :
Ah, le métal! Au lycée, ça m’est vite passé. Mais
dossier quand même pour tout le monde, je pense. Génération
Korn!
Quel a été votre premier groupe et comment s’est-il formé?
Roman : Vers la fin du lycée, je me suis mis à la guitare. J’avais des
potes qui répétaient à la Clef des Champs de Plaisir, un vrai lieu
de rencontres et d’échange. Donc mes potes grunge de Sheeva ont
bénéficié d’un deal avec la ville jumelée à Plaisir en
Angleterre pour faire une mini-tournée. Je les ai accompagnés dans
cette aventure de dingue! On était hébergé dans une maison où, à
l’étage, il y avait le bureau des Alcooliques Anonymes. Le matin,
les mecs passaient entre les sacs de couchage et les cadavres de
bière que l’on avait laissés de la veille… Bref, pendant ce
séjour, les conversations tournaient autour de la musique, les mecs
t’expliquaient pendant des plombes pourquoi ils ont choisi tel
mot/accord en mineur/effet de pédale de guitare plutôt que tel
autre. J’adorais! J’ai eu envie de les imiter et de fédérer
quelques personnes autour de moi. J’ai monté un groupe qui
s’appelait The It et on s’est mis à répéter à
la Clef des Champs. Mais ça n’a pas pris : on a dû boucler
trois chansons en deux ans.
Les
Gordon : Un band tout aussi bancal à Rennes, je tenais la
basse. On était vachement influencé par Rhesus, les vainqueurs du
concours CQFD des Inrocks.
Roman :
… qui pourtant étaient de pâles copies de trucs à la mode à
l’époque…
Les
Gordon : Que veux-tu ! Moi, véritablement, c’était
Mondrian mon premier groupe, entre deux dunes à Saint-Jean-de-Monts (voir
plus bas). C’était compliqué au début, j’avais envie de lâcher
mon école de graphisme (Emile Cohl à Lyon) pour m’y impliquer
complètement. Mais la crise du disque en a décidé autrement, j’ai
revu mes ambitions à la baisse!
Faites-vous de la musique seuls?
Roman : Non.
Les
Gordon : Oui.
En ce moment, j’apprends à apprivoiser le laptop et ses logiciels.
Quelle est l’histoire de la formation SNGPR?
Roman : C’est assez spé! C’était les vacances d’été, en 2007,
à Saint-Jean-de-Monts. Les Gordon et moi, on y a passé toutes nos
vacances d’été mais on ne s’est rencontré qu’à 20 piges et
quelques. C’est drôle, en y repensant…
Les
Gordon : On était chacun dans un groupe d’amis, et un ami
d’amis a fait que nos deux groupes se sont rencontrés. On s’est
retrouvé dans une soirée à parler musique. Moi, j’étais à fond
sur le premier album des Franz Ferdinand et lui plus celui des
Strokes. Après, on est allé en boîte régler l’affaire.
Roman : Le Prosper Club, ma gueule!
Les
Gordon : La musique est ce qui a construit notre amitié. Après
mon boulot d’été au musée de la ville, on allait écouter dans
ma caisse l’album d’Andrew Bird, celui rouge avec l’animal
dessus. Et le live de Jérôme Attal.
Roman :
«La chaîne du froid» : classic shit, man!
Les
Gordon : Plus tard, on ira même jusqu’à réaliser le rêve :
faire des chansons avec Jérôme:
Roman : Big up, s’il nous lit ! Grâce à lui, on a rencontré
Cyrille, qui nous a épaulés à la batterie à l’époque de
Mondrian.
Les
Gordon : Big up à lui aussi ! Et à Demoiselle, ma petite
sœur (qui était au synthé)
Avez-vous un projet musical en tête, une envie pas encore
concrétisée?
Roman :
Non. J’aimerais juste qu’avec SNGPR, on puisse un jour
enregistrer un disque dans un vrai studio, avec une vraie batterie et
un vrai ingé son.
Les
Gordon : Composer
pour un projet avec pas mal de musiciens.
Comment se passe la composition des morceaux?
Roman :
Les Gordon habite à
Rennes, moi Paris. L’éloignement fait que l’on n’est pas l’un
sur l’autre à s’auto-saouler.
Les
Gordon : Hop, un p’tit coup de YouSendIt et les fichiers sont
envoyés. Désormais, on prend le temps de construire une ligne
directrice entre les titres.
Roman : La musique de SNGPR est
faite par Les Gordon. Il crée de la musique, sans jamais
s’essouffler, ce con! Il part d’une idée, d’un riff ou
d’un sample, et bim il en sort une chanson. Je reste béat
devant cette capacité à pondre des partitions, moi qui n’ai pas
de prétention de compositeur et fais partie de ces musiciens
qui ont 4 chansons dans les mains: une fois qu’elles sont
dans le magnéto, on n’a plus qu’à passer à autre chose.
Les
Gordon : On a le talent ou on ne l’a pas, ah ah!
Êtes-vous plus intéressés par la scène, les répétitions ou
l’enregistrement?
Roman : Composer des chansons ! On
a fait un pas en avant avec SNGPR en décidant d’écrire en
français, c’est ce qui devait être naturel à la base, mais on
n’était pas prêt. On avait créé Mondrian du coup. Il faut une
maturité d’écriture pour écrire en français, chanter en
français n’a été possible qu’après 7 années d’écriture en
anglais.
Les
Gordon : C’est vrai, et c’est fou en même temps: il
nous a fallu 7 ans pour apprendre à nous connaitre et cerner ce qui
nous plait dans une chanson. Même si ça nous prend plus de temps,
on est largement plus fiers de boucler une chanson dans la langue de
Molière que dans celle de Shakespeare.
Roman : Ça demande
plus de concentration, plus d’honnêteté, mais au final, on est
content qu’il n’y ait plus cet écran hypocrite. On dit ce qu’on
a envie de dire, on s’étonne même de ce qu’on écrit! Le
Français ne permet pas de biaiser. Il faut trouver un thème en
accord avec la musique et on découvre parfois en même temps que
l’on enregistre la vérité derrière ce que l’on a écrit.
Les
Gordon : Je dirais même plus, c’est assez troublant, ça
révèle quelque chose de nous que l’on ne connaissait pas
vraiment, ou que l’on n’osait pas voir. Par exemple, Roman est
quelqu’un que l’on pourrait qualifier de bon vivant. Bah, dans
ses textes, on ne peut pas dire que ce qui ressort soit la joie de
vivre! On veut surtout, grâce au Français notamment, mettre
la barre plus haut à chaque titre.
Roman : Je pense qu’il reste dans les tiroirs de Mondrian près d’une
vingtaine de chansons finies. Une lassitude s’était instaurée, on
ne voyait pas trop ce que cela changerait de sortir celle-ci plutôt
que celle-là. Le crédo avec SNGPR: si une chanson ne te
bouleverse pas, laisse-la reposer en paix!
Les
Gordon : Ouais, pour revenir à la question, les répétitions,
le samedi après-midi dans un studio hors de prix, on a fait une
croix dessus. En plus, il y avait toujours quelqu’un (quand
on était avec un batteur et tout le tralala) qui arrivait en retard,
un autre qui allait picoler au bar… trop d’organisation en amont,
trop de logistique pour nos petites têtes! Conclusion :
c’est usant, la répétition. Mieux vaut se voir peu mais bien.
Que vous apportent les concerts?
Roman : Du piment… et des tickets-boissons!
Les
Gordon : Une
expérience partagée avec le public, l’interaction.
Faites-vous d’autres choses touchant à l’art en dehors de la
musique?
Roman :
écrire.
Les
Gordon : Le dessin,
avec lequel il m’arrive parfois de vivre. Job alimentaire
oblige!
Quel personnage de cinéma auriez-vous pu/voulu incarner?
Roman :
Antoine Doinel! Je me suis beaucoup identifié à lui;
j’étais gouailleur enfant puis je me suis un peu refermé à
l’adolescence. Ça a coïncidé au moment où je me suis mis à
lire beaucoup, écrire un peu. Et puis je venais d’arrêter le
foot..
Les
Gordon : Jérôme dans “Art School Confidential” de
Terry Zwigoff.
Quels livres avez-vous gardés dans la bibliothèque de vos esprits?
Roman : Dans la vie civile, je porte l’uniforme cintré du bibliothécaire.. Bref, des bouquins, j’en vois passer tous les jours! Donc
ceux qui restent… hum, large question… je ne suis pas dans la
collectionnite aigüe mais si je vois passer Londres
Express de Peter
Loughran ou Jusqu’à
la gauche de Virgil
Scott, je ne peux pas m’empêcher de les acheter. Ils m’ont
tellement bloqué!
Les
Gordon : Plus des BD, comme Glory Howl de Gad
&Mandrill Johnson ou Ghost World de Daniel Clowes.
Des univers étranges, avec toujours une pointe d’humour noir
derrière.
EP#1 // “Collection particulière” (artwork par James Benjamin Franklin):
Chanson écrite par Roman Oswald et Les Gordon.
Mix et mastering par Les Gordon.
Artwork par James Benjamin Franklin.
Photo par Julien Brachhammer. Paroles:Je manque d’eau/D’oxygène/Et tout ce flot anxiogène/Faut du fer/Du phosphore/Un précaire/Des pléthores/Paris Société Anonyme/Capitale…
On arrive à la rentrée avec un side project en français (fallait bien s'y coller un jour, hein). Bref, on a tout l’été pour étudier les textes du maitre (à savoir Roda-Gil, ref. ci-dessous)!